lundi 19 février 2018

La mort a ses raisons


Sophie Hannah


Photo de couverture Blog Avis ISBN 978-2-70244642-3


4e de couverture :


Hercule Poirot et l'inspecteur Catchpool n'ont jamais rencontré lady Athelinda Playford. C'est donc empreints de curiosité qu'ils se rendent dans le comté de Cork pour prendre part à une réception organisée par cette dernière en son domaine de Clonakilty. Aucun d'eux ne sait pourquoi il a été invité.

Mais lors du dîner et à la surprise générale, lady Playford annonce avoir modifié les clauses de son testament : elle a décidé de déshériter ses deux enfants en faveur de son secrétaire qui n a plus que quelques semaines à vivre.

Poirot et Catchpool comprennent alors que leur invitation n'est pas le fruit du hasard et que lady Playford craint de voir un meurtre se perpétuer sous son toit. Mais pourquoi, dans ce cas, provoquer ainsi son assemblée et qui plus est, en la présence d'un éventuel meurtrier ?

Le crime est commis et ce, malgré les efforts déployés par Hercule Poirot pour l'empêcher. Mais la mort a ses raisons que notre détective ignore. Pour le moment...

Mon avis :

Un Hercule Poirot en dessous de la moyenne !


Après la lecture de Meurtres en majuscules, je me suis replongée dans le Hercule Poirot de Sophie Hannah.
La seule auteure à qui les héritiers de Agatha Christie ont accepté de lui donner carte blanche pour reprendre le personnage de Hercule Poirot.

Si le premier tome de Hercule Poirot avec Sophie Hannah aux commandes m'avait paru prometteur, lcelui-ci m'a laissé un peu plus dubitative.
Au début, j'ai été agréablement surprise de retrouver l'inspecteur Catchpool que j'avais beaucoup aimé précédemment, mais, dans celui-ci j'ai trouvé que reprendre ce personnage n'était pas forcément judicieux.

J'ai trouvé que Hercule Poirot était aussi assez maltraité dans ce roman. Je sais qu'Agatha Christie a souvent dit en avoir assez de son fameux détective belge et qu'au fil de ces aventures, il devenait moins présent et plus présomptueux mais ici je l'ai trouvé par moment grotesque.
Tout comme les dialogues que j'ai trouvé par moment faux. D'ailleurs c'est lors de la révélation finale que ce côté grotesque d'Hercule Poirot associé aux dialogues insipides m'ont le plus déplu ! Mais j'y reviendrais à la fin de ma chronique.

Car pourtant, il y a du bon dans ce roman : la victime d'abord. J'ai trouvé son histoire intéressante et troublante.
Le huis-clos que Sophie Hannah a instauré dès le début m'a plutôt charmé : une victime dans une vieille demeure et chaque personnage est un potentiel coupable. Les meilleurs Agatha Christie reprennent cet élément.
Mais, pourquoi avoir mis autant de personnages si ce n'est que pour en développer quatre ou cinq en tout? Et encore deux sont tellement développés que le coupable est simplement évident.
Son histoire prend tellement de place qu'elle en écrase toutes les autres histoires.
L'histoire en elle-même est plutôt agréable à suivre et même si j'avais deviné la plupart des éléments j'avais très envie de connaitre la fin. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

Et donc, cela nous amène à la "révélation" du coupable et là encore Sophie Hannah reprend un des élément fondamental des romans policiers d'Agatha Christie : Hercule Poirot les réunit tous et donne les mobiles des uns et des autres.

Et malheureusement, j'ai trouvé que tout cela était assez malhabile.
Hercule Poirot finit maladroitement chaque coupable par "Vous n'avez pas tué ..." et je pense que chaque personnage est bien content de le savoir mais tout cela est surtout très laborieux.

Ce roman m'a donné surtout envie de me replonger dans les romans d'Agatha Christie et de retrouver le vrai Hercule Poirot !
Et pourquoi pas de lire des romans de Sophie Hannah pour voir quel est don propre style car j'imagine qu'elle a un cahier des charges lorsqu'elle reprend ce personnage quasi-mythique et qu'il est difficile pour elle d'être trop audacieuse.

 Une petite déception donc !

samedi 17 février 2018

Room


Emma Donoghue


Photo de couverture Avis Blog Suspense ISBN 301-0-000-05313-2


4e de couverture  :


Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des enfants de son âge. 
Ou presque. 
Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à ses questions. Celle-ci occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il vit seul avec elle dans la même pièce, depuis sa naissance. 
Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais la mère fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec lui. Jusqu’au jour où elle comprend qu’elle ne peut pas continuer à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir.


Mon avis :

Inattendu !


Voici un livre dont je me souviendrais pendant pas mal de temps.
L'histoire commence avec Jack et sa mère. Jack est un enfant de 5 ans qui essaie de comprendre le monde qui l'entoure et c'est d'autant plus facile que son monde se réduit à une pièce.
Une unique pièce où il vit avec sa mère depuis sa naissance. Il n'a rien connu d'autre et y est enfermé par un homme (son père).
Ce géniteur plutôt que père a enlevé sa mère il y a sept ans et l'a enfermée depuis ce temps dans une chambre-bunker.

Violée à répétitions, battue, malmenée, menacée, cette mère n'a qu'une seule idée en tête : protéger son fils.
Et tant pis, si pour cela elle doit lui mentir et lui dire qu'à part cette pièce il n'y a rien d'autre. Son fils ne peut manquer de ce qu'il ne connait pas.

C'est une histoire vraiment bouleversante !
Une histoire d'amour entre une mère et son fils. Le lien qui les unit est réellement très beau.

Puis, à la moitié du roman, Emma Donaghue m'a surprise en bouleversant totalement l'histoire. Difficile d'en dire plus sans révéler la fin et gâcher la surprise !

Mais la deuxième partie du roman est celle que j'ai préféré. Les personnages sonnent justes et leur histoire devient de plus en plus touchante.
J'ai tout simplement adoré !

Un très beau roman !

mercredi 14 février 2018

Lettre d'une inconnue


Stefan Zweig

[Relecture]


Photo de couverture Avis Blog ISBN 978-2-0812-2657-9


4e de couverture :


Une jeune femme dans une situation tragique écrit à l'homme qu'elle a aimé passionnément, depuis l'enfance, pour lui rappeler son histoire : de leurs trois nuits d'amour est né un enfant qu'elle a élevé seule
Elle cherche à renouer le fil de leur relation. Mais son ancien amant est un brillant séducteur, un écrivain qui jouit égoïstement des plaisirs de la vie. 
Pour lui, elle n'est qu'une femme parmi d'autres ; pour elle, il est tout. 
Peut-il se souvenir d'elle ? 

Dans cette poignante nouvelle, publiée en 1922, Zweig analyse les psychologies féminine et masculine avec une acuité rare. Entre amour et oubli, plaisir physique et profondeur spirituelle, cette histoire d'obsession amoureuse, cruelle et crue, est d'une stupéfiante modernité.


Mon avis :

Un chef d'oeuvre de la littérature


Etant en pleine période relecture, je me suis plongée avec plaisir dans la nouvelle de Stefan Zweig : Lettre d'une inconnue.
Le moins que je puisse dire c'est qu'à la relecture ce texte magnifique ne perd en rien de sa force.

Cette jeune femme, venant de perdre son enfant, et sur le point de mourir s'adresse à cet homme qu'elle a toujours aimé sans que lui n'en sache rien. Il lui aura accordé quelques nuits d'amour et fait quelques promesses qu'il n'a pas tenu et elle lui a tout donné sans qu'il n'en sache rien.

Et dans cette lettre où elle lui dit pour la première son amour, la jeune femme ne lui fait aucun reproche et ne lui demande quasiment rien. Si ce n'est de ce souvenir d'elle.
Car si ils se sont croisés à plusieurs reprises et à des époques différentes, lui n'aura jamais reconnu cette femme qu'il a tant aimé.
Comme si à chaque nouvelle rencontre, c'était une nouvelle femme qu'il rencontrait. Une nouvelle meurtrissure pour elle. Une nuit de plaisir pour lui.

On vit et on souffre avec cette femme dans ce terrible récit d'amour. D'ailleurs des deux personnages, si c'est elle qui a sacrifié sa vie pour lui, c'est aussi elle qui semble la plus vivante des deux.
La force de Stefan Zweig est de nous faire nous-même représenter cet homme à qui elle écrit comme un être inaccessible.
Comme si il n'était pas vraiment vivant en fin de compte. Comme si il était toujours cet amour de jeunesse, ce fantasme de jeune femme. 
On ignore si sa vie à évoluer. On imagine que non puisque pendant que la jeune femme vit, lui, reste au même endroit voyageant de temps en temps et reste incapable de se rappeler des personnes qu'il croise.

C'est une véritable lettre d'amour. Une déchirure à chaque page. Une narratrice qu'on oublie pas. 

Cette nouvelle reste donc un véritable coup de cœur pour moi !

lundi 12 février 2018

Playlist de la Saint-Valentin


Eh oui !
On en pense ce qu'on veut mais la Saint-Valentin arrive cette semaine 
et
je me suis dit que c'est le bon moment pour partager les plus jolies chansons d'amour :


Ma môme, Jean Ferrat :




Amoureuse, Véronique Sanson :




Pour continuer dans la série : Michel Berger m'a écrit des chansons :

Ce soir je ne dors pas, France Gall :




Et pour continuer dans la série : Artistes récemment disparus qui laissent un grand vide :

Je t'aime comme je respire, Johnny Hallyday :




Un peu de variété internationale avec

If I ain't got you, Alicia Keys :




Love you like a love song, Cats on trees :



Et vous ?

Quelles sont vos chansons préférées ?

samedi 10 février 2018

Le colonel Brandon Et Marianne : De l'amour ou du dépit ?


Dans Raison et Sentiments

de 

Jane Austen


Sense and sensibility / Alan Rickman / Gif / Dahwood


Pourquoi cette question ?


J'ai relu, il y a quelques temps Raison et sentiments dans lequel il y avait en avant-propos une analyse de la relation entre le colonel Brandon et Marianne Daswood.
Christine Jordis trouve que le mariage entre le Colonel Brandon et Marianne est une sorte de punition pour ses excès de sensibilité. Elle dit même du colonel : "Il est peu de personnages moins séduisants et même, aussi irritants, que l'estimable colonel Brandon",... et elle dit aussi : "Marianne donnée en compensation de ses services et mérites, au colonel Brandon, un vieux barbon frileux",....

Il est peu dire que j'ai été surprise de cette analyse tant pour moi le Colonel Brandon est reconnu au fil du roman (comme Mr Darcy dans Orgueil et préjugés d'ailleurs) comme le parfait gentleman, chevaleresque et, et apte à donner (et revoir de) l'amour de Marianne.
Mais, je me suis aussi demandée si mon avis n'était pas dû en partie à l'adaptation de Raison et Sentiments par Ang Lee (1995) et à l'interprétation magistrale d'Alan Rickman en colonel Brandon.
Je commence donc ma défense de ce personnage en disant que je ne parlerais que du livre !

Sense and sensibility / 1995 / Gif / Dashwood / Elinor
- Ne partez pas, je m'autorise les gifs !

Comment nous est présenté le Colonel Brandon ?


Jane Austen nous dit qu'il est grave et taciturne. Cela ne vous rappelle personne ? Quelqu'un de tellement grave et taciturne qu'il en parait bouffi d'orgueil ? Mr Darcy Bien sûr !
Et si les raisons de leur comportement sont différentes, elles en sont toutes valables lorsqu'elles sont expliquées aux deux sœurs : Marianne et Elinor d'un côté et Jane et Lizzie de l'autre...
Pour ce qui est du physique du personnage, Jane Austen parle d'un personnage pas beau mais dont la physionomie dénote du bon sens et ces manières du bon goût.
Et surtout lorsque Marianne joue du piano, il est le seul à ne pas s'esclaffer / parler mais à l'écouter en admirant l'éxécution ce que Marianne elle-même juge digne d'estime.

Marianne peut-elle en tomber amoureuse ?


Marianne étant Marianne, elle ne peut pas tomber amoureuse immédiatement d'un homme comme le colonel Brandon, elle a besoin d'être transportée comme dans la poésie qu'elle lit, elle a besoin d'exceptionnel et par dessus tout elle a besoin de connaitre cette déception amoureuse pour reconnaître la valeur d'un homme comme le colonel Brandon.
En d'autres termes, Marianne a besoin de vivre et grandir pour se connaitre être elle-même et reconnaître ce qu'est l'amour.

Marianne veut l'amour au premier regard et tombe amoureuse immédiatement de Willoughby qui la fera exulter puis souffrir. 
Et d'ailleurs, c'est quand elle rencontre Willoughby que Marianne commence à être agacé par la présence du colonel et à être beacoup moins charitable avec lui en s'en moquant de manière plus ou moins ouverte. Il ne peut pas être comparé à ce jeune homme... au début...

Car, Marianne apprendra à aimer le colonel Brandon. Je pense que nous lecteur apprenont à apprécier le colonel Brandon par ces actions avant Marianne mais que Marianne les comprendra plus tard et les appréciera de la même manière que nous.

Le colonel Brandon ou le héros sous-estimé :

Car ceux sont les actions du Colonel qui lui rendent justice : son amour perdu nous permet de le comprendre, sa fidélité à cet amour nous émeut et surtout ses actions envers l'enfant de cet amour perdu font du colonel Brandon le parfait gentleman.
Il aide en silence même si il doit subir rumeurs et commérages pour protéger l'identité de cette jeune fille. 
Et, il défie même Willoughby en duel pour protéger son honneur ! Je pense qu'il est sans que Marianne ne s'en rende encore compte le véritable héros chevaleresque qu'elle recherche !

Et l'action qui pour moi le rend plus héroïque que tout et que malgré l'amour qu'il porte à Marianne il se contentera de féliciter Elinor pour le prochain mariage de sa sœur alors même qu'il sait quel genre d'homme est Willoughby.
Il se refusera à évoquer les incartades de Willoughby devant Elinor même si il sait que ses révélations mettront sans aucun doute un terme aux relations entre les deux jeunes gens.
En véritable gentleman, le colonel Brandon ne dira la vérité que lorsque Willoughby se révélera fiancé à une autre afin de réduire la peine de Marianne.

Un mariage heureux :


Jane Austen dans ses romans ne met que rarement les passages les plus romantiques laissant aux lecteurs deviner ce qu'il va se passer. Ainsi, dans Raison et sentiments, nous n'aurons le droit ni à la demande en mariage d'Edward ni à celle du colonel Brandon. 
Jane Austen utilisera l'ironie pur décrire ce mariage.
Et le mariage est décrit comme heureux puisque Marianne donnera la gaieté qui pouvait manquer au Colonel et son cœur nous dit Jane Austen lui sera acquis au fil du temps. 
D'ailleurs, on peut comprendre que ces deux personnages se comprendront puisqu'ils ont vécu tous les deux une vive passion et une vive douleur. Leur amour entre eux les rend complètement heureux.


Et vous que pensez-vous de ce mariage ?

mercredi 7 février 2018

Crime


Meyer Levin


Photo de couverture / Avis / Blog / ISBN 9782859406271 Phébus Libretto


4e de couverture :


Cette fiction (1956) qui fit comparer Meyer Levin à une sorte de Dostoïevski américain, se fonde sur un fait-divers authentique auquel l'auteur en sa jeunesse avait été mêlé malgré lui.

Dans le Chicago des années 20, deux garçons surdoués, promis à un brillant avenir, croient pouvoir exécuter un crime parfait... et y réussissent presque.

Crime, qui suscita l'enthousiasme de Hemingway (et inspira le film fameux avec Orson Welles), avait disparu des tables de la librairie.
Sa remise au jour en 1996 fut salué par toute la presse.


Mon avis :

Un roman époustouflant !


Ce roman a pour point de départ le meurtre d'un petit garçon par deux très jeunes hommes de 19 ans : Judd et Artie
Et ça, nous le savons dès le début du roman !

Deux jeunes garçons intelligents et se trouvant très intelligents, deux jeunes garçons riches et deux jeunes garçons qui pensent que le crime pour le crime n'est pas punissable et que leur intelligence les aidera à ne pas se faire démasquer.
Car qui pourrait se mesurer à ces deux brillants étudiants ?

L'histoire nous est racontée en grande partie par un jeune journaliste connaissant personnellement ces deux criminels.
Et tout ce roman ne doit rien au hasard parce qu'il est écrit par Meyer Levin, journaliste qui a couvert l'affaire Leopold et Loeb dont vous trouverez le résumé sur la page wikipédia ici. Deux étudiants que Meyer Levin a personnellement connu...

J'ai trouvé le début de roman un peu long... et disons que le cynisme des deux meurtriers m'a laissé assez dubitative.
Puis lorsque l’enquête policière se met en route, qu'un indice éclaire le chemin des enquêteurs et qu'une véritable partie de poker menteur se joue lors des interrogatoires, j'ai vraiment pris plaisir à lire cette histoire.
Toute cette partie est magistrale et pourtant elle n'est quasiment rien à côté de la dernière partie du roman : celle du procès !
Je n'ai pas d'autre mot que époustouflant pour décrire les dernières pages du livre.

Les deux parties défense et accusation se rendent coup pour coup et nous assistons à un véritable procès philosophique et à de véritables joutes oratoires
Judd et Artie ne sont-ils que deux étudiants cupides qui méritent la pendaison ? Ou sont-ils au contraires deux jeunes hommes immatures victimes d'un coup de folie ? Sont-ils trop jeunes pour la peine capitale ? Ou recommenceraient-ils juste pour se prouver qu'ils sont capables de commettre le crime parfait.
Et surtout qui sont Judd et Artie ? 
Personne n'est capable de comprendre ou de dire pourquoi ils ont commis un tel crime ! Alors le roman relate les faits et nous laisse juge !

Voici donc un roman que je n'oublierais probablement pas !

J'ai eu un véritable coup de cœur pour ce chef d'oeuvre !

lundi 5 février 2018

Le cœur et la Raison [Raison et sentiments]


Jane Austen

[Relecture]

Photo de couverture Avis Blog Sense and sensibility Relecture isbn 978-2-07-035922-6


4e de couverture :


Sense and sensibility est le premier roman que publia Jane Austen (1811). Le livre procède, si l'on considère le titre, d'une opposition entre deux trais fondamentaux : le bon sens et la sensibilité, qui seraient incarnés par deux sœurs, Elinor et Marianne.
 Mais l'une et l'autre sont bien pourvues de ces deux qualités, si Elinor possède plus de jugement, et si Marianne, en adepte du romantisme, a tendance à cultiver les élans de sa sensibilité. Notamment lorsqu'elle tombe aveuglément amoureuse du héros de ses rêves, Willoughby, un homme superficiel, tourné vers l'argent, qui va la décevoir profondément. La sage, la raisonnable Elinor, qui l'avait mise en garde, avait-elle donc raison ? Et le secret du bonheur serait-il dans l'usage du jugement ?

C'est l'être isolé affrontant la société, qu'analyse Jane Austen.
La raison consiste à s'ajuster au monde, et non à le braver, à observer des règles qu'on ne peut changer, plutôt qu'à cultiver des rêves et des états d'âme condamnés à rester sans réponse.


Mon avis :

Un chef d'oeuvre évidemment !


Lors de ma première lecture de Raison et sentiments, j'avais tellement hâte de connaitre le fin mot de l'histoire (qui est réellement Willoughby ? Edward est-il vraiment fiancé à cette peste de Lucy Steele ?...) que j'en ai oublié de savourer l'écriture et l'humour de Jane Austen....

Et, je me suis vraiment régalée pendant cette lecture. Encore une fois je suis admirative de la façon de Jane Austen de décrire son quotidien avec finesse, légèreté et humour.
Lorsqu'elle parle des visites "obligatoires" que doivent se faire les voisins entre eux pour avoir une bonne vie sociale, je ne pouvais que me l'imaginer lors des ces propres visites notant intérieurement le comportement qu'ont les gens de sa connaissance.
Et je me dis que Jane Austen aurait fait une excellente sociologue. Un exemple de son regard acéré sur la société qui l'entoure :

"Dans toutes les visites de politesse on devrait inclure un enfant pour alimenter la conversation. Dans le cas présent, il fallut dix minutes pour déterminer si le petit garçon ressemblait davantage à son père qu'à sa mère et par quel aspect particulier à l'un et l'autre car, naturellement, le désaccord était général et chacun s'étonnait de l'opinion des autres."

En plus de toutes ces parties qui m'ont plus qu'amusé, l'histoire m'a complètement transporté une nouvelle fois, et, même en connaissant la fin.
Bizarrement, j'ai trouvé beaucoup plus de circonstances atténuantes à Marianne que lors de ma première lecture. Je me souviens l'avoir trouvé assez égoïste la première fois, trop centrée sur elle-même  et incapable de voir que sa sœur Elinor souffrait autant voire plus qu'elle.
Marianne m'a donc beaucoup plus touchée que la première fois même si pour moi la véritable héroïne de ce roman reste Elinor.

Elinor, pour moi, est vraiment un personnage féminin fort
Elle comprend Edmund et ne le juge pas. Elle souffre et ne le montre pas. Elle est assez intelligente pour comprendre qui est Lucy Steele et lire entre les lignes de son comportement. Et, même si elle ne peut pas faire grand chose contre elle, elle ne se laisse pas faire et a suffisamment de répondant pour faire face aux mesquineries de Lucy Steele.
D'ailleurs, j'ai beaucoup apprécié leurs dialogues tout en faux-semblant. Encore une fois, Jane Austen a une telle maîtrise de son art qu'elle nous laisse savourer les attaques sous la politesse et la haine sous l'amitié de façade.

Et même si Elinor fint par triompher de Lucy Steele, j'ai apprécié que la fin ne soit pas : les méchants sont punis et les gentils heureux éternellement. Au contraire, elle modère ces propos en montrant que Lucy Steele en grande manipulatrice arrive plus ou moins à ses fins. 
Et même Willoughby et son épouse ont le droit à quelques phrases neutres : ils ne seront pas toujours malheureux dans leur couple (toujours cette ironie de la part de Jane Austen et toujours cette connaissance de l'être humain).

Je trouve que ce roman est proche de la réalité que devait être celle de Jane Austen. J'en ai déjà beaucoup dit à la fois sur ce roman et sur Jane Austen.
Je ne peux que conseiller de le lire ou le relire et de savourer cette lecture.

Ce roman est plus qu'un coup de cœur, c'est un véritable chef d'oeuvre de la littérature.